[RACONTEZ-NOUS VOTRE ADEC] Ronan Mancec

Souvenirs

Pour les 50 ans de l'ADEC, vos souvenirs en cadeau !

Pour les 50 ans de l'association, vous nous racontez votre ADEC !

Retrouvez les souvenirs de Ronan Mancec, auteur !

 

Quelques moments de résidence :

Il y a eu le jour où Florent, de la classe de 5ème de Mordelles, nous a dit « Le théâtre c’est des gens qui lisent des textes devant des gens qui ont payé ».

Il y a eu le jour où Elise et moi avons amené le même livre à la bibliothèque. C’était le poème Pas un tombeau de Bernard Bretonnière. C’était le lendemain de la mort de mon père.

Il y a eu le jour où une bénévole a laissé ce mot sur le bureau d’Elise, qui m’a fait penser à du Peter Handke : « Un visiteur, ne se présente pas, fait le tour de la bibliothèque en quelques minutes et ressort ».

Il y a eu le soir où Adelina m’a engueulé par e-mail parce que je résistais comme un imbécile à féminiser sa didascalie en « Narrateur ou narratrice ».

Il y a eu le soir où les trente élèves de Dingé ont fini leur « classe de ville » en improvisant sur le plateau du théâtre un chœur poétique et plein de rêves sur leur avenir.

Il y a eu le jour où une lectrice découvrant la bibliothèque et ne sachant pas qui j’étais, m’a dit : « Nous cherchons une pièce pour notre troupe amateure, mais il faut que la fin soit bien. Nous avons lu beaucoup de textes depuis le début de l’année, mais les fins ne sont pas bien. Les auteurs bâclent les fins de leurs textes. Vous n’êtes pas d’accord avec moi ? Vous ne lisez pas de théâtre, peut-être ? ».

Il y a eu le jour où Anrifina a porté toute sa classe de gros bras à bout de bras.

Il y a eu le jour où Divina, de l’école d’à côté, est revenue à l’ADEC pour emprunter des pièces pour elle.

Il y a eu le jour où Martin est passé nous présenter Arthur.

Il y a eu le jour où Act’à Bain a déployé une longue improvisation très drôle au sujet du poste de radio, pendant que la régie paniquait et essayait de sauver le problème technique dudit poste.

Il y a eu le jour où Zazie a proposé, candide, de mettre dans le spectacle une chansonnette qui n’avait aucun rapport avec notre sujet, intitulée « Fuck you ».

Il y a eu le mercredi où l’atelier ados m’a lu ma pièce La petite maison et m’a posé des questions qui m’ont incité à retravailler sérieusement.

Il y a eu le jour où un élève est lourdement tombé du plateau pendant un noir, et où on a dû appeler les pompiers.

Il y a eu le matin où j’ai préféré jouer à Freecell qu’écrire, et où j’ai prétendu crânement en déjeunant avec l’équipe que j’avais bien bossé.

Il y a eu le jour où des élèves m’ont dit qu’ils attendaient que Tout l’amour que vous méritez soit publié.

Il y a eu le jour où j’ai arrêté d’écrire un texte, où je me suis dit qu’il était raté et perdu.

Il y a eu le jour où j’ai eu peur d’avoir écrit dans tous mes pièces de théâtre la phrase « Je ne sais pas », où je me suis mis à la chercher partout dans mon ordinateur avec l’outil de recherche de Word, et où je me suis dit que c’était de toute façon la conclusion fatale de tous mes textes, ne pas savoir, tout en faisant le mouvement de chercher à savoir.

Il y a eu le jour du vernissage de l’exposition à l’école Jules Ferry, avec des fraises Tagada piquées sur du quatre-quarts, et la fierté de Christopher, Maxence et tous les autres.

Il y a eu le jour où Cloé, de l’IME de Chantepie, nous a raconté ses projets pour l’été.

Il y a eu le jour où Thierry m’a fait lire un poème de Dylan Thomas, « N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit ».

Il y a eu le matin où Anne-Marie m’a dit « J’ai trouvé courageux que tu affiches tes couleurs ».

Il y a eu le matin à la Théaudière à Bain-de-Bretagne qui faisait suite à la soirée à la Théaudière.

Il y a eu le jour où le texte pour Act’à Bain a commencé à avoir un petit cœur.

Il y a eu le jour à la bibliothèque où les participants à l’atelier d’écriture « Huit portraits de famille radiophoniques » sont partis écrire, chacun dans son coin, pendant deux heures, et que je les recevais en « entretien individuel » à mon bureau de résident.

Il y a eu le moment dans le hall du théâtre où Yvan avait les yeux mouillés en parlant de mon texte et du sentiment amoureux.

Il y a eu le jour où j’ai compris que le texte pour Act’à Bain ne parlait pas d’autre chose que le texte que l’atelier ados mettait en scène, et où j’ai décidé que l’un serait la suite de l’autre.

Il y a eu le jour où j’ai entassé dans un gros fauteuil Luc Tartar, Michel Azama et Sabine Revillet. Il y a eu le fou rire à contenir en lisant le truculent texte de Sabine tous les quatre.

Il y a eu le jour où Tout l’amour que vous méritez est sorti du dossier informatique « Textes en cours ».

Il y a eu le jour où Lucie a pleuré en entendant le texte qu’Angèle avait écrit pour elle pendant l’atelier.

Il y a eu le jour où on a fait des selfies avec les 5ème dans les studios de Canal B.

Il y a eu le jour de la sortie de mon livre, où je me suis retrouvé à claquer la bise à chacune des soixante personnes qui entraient au compte-goutte dans la salle.

Il y a eu l’apéro avec les participants aux « Huit portraits de famille radiophoniques », où on a écouté les premières voix d’élèves dérushées, et où tout le monde a voulu adopter le petit Mewen en entendant sa voix.

 

(Photo de Christophe Simonato)