Histoire de l’ADEC

Un peu de contexte

 

La Bretagne est une terre de théâtre depuis le Moyen-Âge, pratique peu censurée pendant les XVIe et XVIIe siècle et vigoureuse jusqu’à la fin du XIXe siècle. Mais la lutte pour l’imposition de la langue française avec l’école de Jules Ferry va peu à peu amoindrir ce théâtre breton. Celui-ci sera substitué par la montée du théâtre de patronage où se confrontent les organisations catholiques et laïques. Elles seront toutes les deux fertiles pour la formation des praticiens-amateurs avec une émulation entre les différentes troupes.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le nouveau Ministère des Affaires Culturelles définit les contours de la décentralisation du théâtre : favoriser la création artistique dramatique en dehors de la capitale.

 

 

1953

 

Représentation de la pièce Le Fuyard lors d’un congrès eucharistique : un texte d’Eugène Royer, abbé ; mis en scène par Eugène Guillot. Parmi les comédiens, on retrouve Guy Parigot, Georges Goubert, Pierre Barrat, Denise Bonal, Philippe Mercier : tous comédiens du Centre Dramatique de l’Ouest.

« Cette représentation cristallise les envies de jeunes praticiens du théâtre rennais. Ils font le constat d’une nécessité de s’éloigner du théâtre de patronage, devenu un théâtre moraliste et de divertissement. Leur souhait est de rénover le théâtre amateur en évitant qu’il soit associé à ce théâtre et aux spectacles qu’ils estiment peu intéressants artistiquement. Une volonté d’aller plus loin pour le théâtre amateur. Dans le contexte de la décentralisation théâtrale et du développement de l’éducation populaire, ils veulent amener la « haute culture » au plus grand nombre possible de praticiens, de changer finalement le répertoire qui y est représenté. Ce qu’ils proposent, c’est d’assurer des formations d’animateur de troupes et de travailler autour d’un répertoire contemporain. »

 

 

1964

 

Eugène Royer et ses amis déposent à la préfecture les statuts du premier comité départemental d’Ille-et-Vilaine de la Fédération Catholique du Théâtre Amateur Français (FéCTAF) à laquelle ils se rattachent.

La FéCTAF permet de donner un cadre à leurs ambitions. L’association d’Eugène Royer crée la revue Éclairages qui traite de l’actualité théâtrale. Trois ans plus tard, elle reprend la structuration à deux échelons de la FéCTAF – une structure départementale et une structure régionale.

 

 

1970

 

La Fédération Catholique du Théâtre d’Amateurs Français-délégation régionale de l’Ouest devient l’ADEC : Art Dramatique Expression Culture

 

 

1971

 

Séparation avec la FéCTAF. Adhésion de l’ADEC à la Fédération Nationale des Sociétés de Théâtre (FNSTA), laïque.

L’ADEC ne se reconnaît pas dans une pratique du théâtre qu’elle juge obsolète, s’appuyant essentiellement sur un répertoire ancien, et qui ne correspond pas à une envie d’ambitions artistiques pour les amateurs.

 

 

1975

 

Fusion entre la FNSTA et la FéCTAF et création de la Fédération Nationale des Compagnies de Théâtre et d’Animation (FNCTA) sous décision du Ministère de la Jeunesse et des Sports.

Malgré des réticences à côtoyer de nouveau les membres d’une organisation catholique dont elles souhaitaient se détacher et inversement, malgré des réticences à côtoyer une association frondeuse, l’ADEC reste sous l’égide de la FNCTA. La fédération sera un soutien financier majeur de l’ADEC pour les années suivantes.

 

 

1976

 

Président Roland Fichet, formateur à l’ADEC depuis 1972 et animateur du Groupe Ô.

Au fil des ans, plusieurs ADEC sont créés en Bretagne (Côtes-du-Nord, Finistère, Morbihan…). Elles diversifient l’activité de l’association, union de l’Ouest de la FNCTA, sur le territoire. En Ille-et-Vilaine, le président administre l’union régionale et la gestion de l’association tandis que le directeur organise la direction artistique (accueil des troupes, organisation des ateliers etc.)

Naît dans ces années le projet du « Théâtre pour dire », soutenu par Roland Fichet, Joëlle Lamandé à l’administration et Paul Rose pour les ateliers. Dans l’esprit post-mai 68, l’association souhaite donner de la voix à un théâtre comme moyen d’expression, artistique bien sûr, mais aussi critique pour chaque citoyen dans la société. Dans cette optique, elle initie et accompagne les projets théâtraux traitant des « réalités populaires » : les particularismes régionaux, la société rurale, la vie de quartiers.

 

 

1977-1981

 

Victoire du Parti socialiste aux élections municipales : Edmond Hervé succède à Henri Fréville comme maire de Rennes.
Victoire du Parti Socialiste aux élections présidentielles : François Mitterrand président et Jack Lang ministre de la Culture.
Président de l’ADEC André Hélard, enseignant de Lettres au Lycée Châteaubriant de Rennes.

La montée de la gauche permet un développement des politiques culturelles en Bretagne. L’ADEC en bénéficie et accroit les projets pour les amateurs grâce aux subventions. La présidence d’André Hélard prolonge l’expérience du « Théâtre pour dire » comme moyen d’expression critique et d’émancipation.

« C’est une période de foisonnement artistique accompagné de l’arrivée de nombreux animateurs pour assurer des formations. Ils viennent pour la plupart d’un parcours universitaire et artistique d’avant-garde. Des animateurs comme Michel Jayat, Hugues Charbonneau, Paul Rose, Claudine Emery vont nourrir toute cette période : ils seront importants dans la formation des amateurs et auront par la suite un parcours professionnel. »

L’ADEC permet d’initier de nombreuses carrières professionnelles et la création de troupes importantes sur le territoire breton.

« La revue Éclairage témoigne à cette époque la volonté de diffuser aux troupes amateurs les débats contemporains qui ont lieu autour du théâtre, des mises en scènes, des ruptures esthétiques de l’époque : par des comptes-rendus sur Grotowski, sur le Living Theatre, le Molière d’Ariane Mnouchkine, Philippe Caubère vient faire une conférence etc. On se soucie de la modernité théâtrale. »

 

 

1983-1985

 

Directeur Jean Beaucé, enseignant devenu professionnel de théâtre.
L’ADEC traverse une grave crise structurelle pendant deux ans (difficultés financières, licenciements, gel des relations avec les partenaires municipaux…). Parmi les principales difficultés, celle des responsabilités entre les différents ADEC départementales. L’ADEC-union régionale, basé en Ille-et-Vilaine, clarifie les responsabilités entre ces différentes organisations. Chaque comité départemental organisera lui-même ses activités. L’union régionale reliera les animations et la gestion de chacun.

L’association perdure malgré ces mises en périls. Les activités reprennent et l’ADEC s’entoure toujours plus de professionnels au service des amateurs. Ces formations permettent, selon les choix des pratiquants, de se professionnaliser ou de garder une pratique amateur tout en proposant une démarche artistique.

 

 

1988

 

Mise à disposition des locaux du cinéma Le Régent par la ville de Rennes et installation de l’ADEC 35 au 45 rue Papu à Rennes. L’ADEC bénéficie enfin de locaux fixes.

Les années 1990 sont une période de reconnaissance pour l’ADEC du point de vue institutionnel sur le plan régional et national. Le Ministère de la Culture reconnaît dans ses rapports sur le théâtre amateur la vigueur des activités de l’association rennaise sur le territoire breton et par rapport au paysage du théâtre amateur. S’ensuivront, au cours de la décennie, une série de rapports du ministère. Elle mentionne et reconnaisse les activités de l’association rennaise. L’essor du ministère de la Culture sous Catherine Trautmann et Jack Lang favorise le développement du théâtre amateur, appuyé par les politiques culturelles en Bretagne.

« Nous avons été séduits par l’expérience de Rennes, non parce qu’elle serait le modèle idéal à implanter dans tous les départements, mais parce que son animateur, Jean Beaucé, avait eu le souci de n’oublier personne et que les solutions apportées répondaient à la plupart des difficultés recensées » Hélène VINCENT, Le Théâtre amateur, compte rendu de la mission confiée à Hélène Vincent sur le théâtre amateur, 12 avril 1990.

En parallèle, de nombreux prix couronnent les troupes et compagnies qui ont été soutenues par l’association rennaise.

 

 

1992

 

Masque d’Or pour Le Théâtre ambulant Chopalovitch, mise en scène Jean Beaucé, troupe : Topel Théâtre.

 

 

1997

 

Masque de vermeil pour Woyzeck, mise en scène Jean Beaucé, troupe : Orkydée.

L’ADEC 35 devient ADEC-Maison du Théâtre Amateur (MTA) : « un lieu dédié aux pratiques amateur ».

 

 

1998

 

Président Serge Saint-Ève de l’ADEC-MTA

 

 

1999

 

Masque d’or pour Roméo et Juliette, mise en scène Véronique Durupt, troupe : Les Nous.
Directrice Suzanne Héleine

Déjà présent avec Jean Beaucé, la direction de Suzanne Héleine affirme les « Aventures singulières » : des projets de créations initiés par une compagnie ou un auteur, qui incluent des amateurs et des professionnels et qui permettent la formation complète (écriture, jeu, mise en scène, technique) dans le but d’une représentation finale. Est formulé par la direction et le conseil d’administration en lien avec les usagers de l’ADEC un souci d’exigence artistique en alliance avec l’éthique d’éducation populaire présent dès les débuts de l’association.

Poursuite du partenariat avec les festivals « Tombées de la nuit » et le festival de théâtre amateur à Chartres-de-Bretagne.

 

 

2004

 

Du théâtre amateur. Approche historique et anthropologique, sous la direction de Marie-Madeleine Mervant-Roux, CNRS Éditions / Colloque « Le théâtre des amateurs ».
Inauguration de la bibliothèque de l’ADEC-MTA dans l’ancienne école Papu.

Les années 2000 signent une reconnaissance universitaire du théâtre amateur par la rédaction d’études, en particulier dans les travaux de Marie-Madeleine Mervant-Roux,  directrice de recherche émérite au CNRS, et par l’organisation de colloques. Les services de l’association rennaise y sont reconnus. L’ADEC, « – en particulier Ille-et-Villaine et Morbihan – » initie et participe à ces temps de réflexions sur la pratique du théâtre amateur.

La bibliothèque, jusqu’alors installé à l’étage du théâtre, bénéficie de ses propres locaux et s’agrandie pour plus de confort. Guy Parigot, comédien et fondateur du Théâtre Nationale de Bretagne, présent dès le début de l’ADEC, fait don de l’ensemble de ses livres à la bibliothèque. Y seront organisés des ateliers et des moments de rencontres entre auteurs et publics.

Dans cette volonté d’être proche du théâtre contemporain et de dynamiser les liens entre professionnels et amateur, l’ADEC inaugure avec la FNCTA sa première résidence d’auteur avec Sylvain Levey en 2006.  En 2014-2015, c’est l’initiation des parcours « Par 4 chemins » qui réunit trois auteurs professionnels écrivant pour trois troupes amateurs différentes.

 

 

2005

 

Prix Charles-Dullin pour Le Colonel Oiseau, mise en scène Suzanne Héleine, troupe : Loup-Trans.

 

 

2008

 

Colloque Théâtre des amateurs : de l’écriture à la scène : quels accompagnements ? organisé par la FNFR, le CNRS, l’université de Grenoble.

 

 

2011

 

Le Théâtre des amateurs et l’Expérience de l’art, sous la direction de Jean Caune, Marie-Madeleine Mervant-Roux et Marie-Christine Bordeaux, L’Entretemps.

 

 

2012

 

Président François Oguet / Directeur Yvan Dromer pour l’ADEC-MTA.

 

 

2014

 

Présidente Christine Michenaud de l’ADEC-MTA.

 

 

2016

 

Masque d’argent pour La Cantatrice chauve, troupe Tétéhem de Melesse.

 

 

2016-2017

 

Rénovation du théâtre soutenu par les partenaires de l’ADEC et par une campagne de financement collective.

L’arrivée d’Yvan Dromer, professionnel de la culture, et de Christine Michenaud, marquent la fin de l’ère des directeurs-metteurs en scène et le début de l’affirmation d’un projet associatif ancré dans les droits culturels. L’ADEC prend en compte la diversité des pratiques amateurs et le droit à chacun, dans les fauteuils et sur la scène, d’être accueilli dans les ateliers (ponctuels ou à l’année), dans les stages, pour les représentations et dans sa bibliothèque. Les bénévoles soutiennent la vie de l’association. Reconnue comme cheffe de fil du théâtre amateur en Ille-et-Vilaine pour ses missions de services publics, l’ADEC garde malgré tout son autonomie associative.

« Désormais le projet de l’ADEC-MTA se définit à partir de quatre objectifs principaux :
1) l’information, le soutien à la création, la diffusion et la mise en réseau des amateurs ;
2) la formation tout au long de la vie (sensibilisation, éducation artistique, accompagnement de l’écriture au plateau, de la pratique à la création d’un spectacle) ;
3) l’innovation par l’approche globale des pratiques, les transversalités artistiques, la rencontre avec les auteurs, le frottement au théâtre professionnel et universitaire ;
4) la réflexion, la recherche et l’expérimentation. »

 

 

2019

 

Élaboration d’un Guide des amateurs, conjointement écrit par l’ADEC 56, l’ADEC MTA et l’ADEC 35.
Directrice Élise Calvez de l’ADEC-MTA.
Célébration des 50 ans de l’ADEC à la MTA et dans tout le territoire breton.

 

 

 

D’après Histoire et généalogie de l’ADEC-Maison du théâtre amateur (1964-2019), étude réalisée par Marion Denizot, enseignante-chercheure en études théâtrales à l’Université Rennes 2, 2020 ainsi que ses documents de synthèse.